Les Hyènes
deutschenglish

Les Hyènes

Caractéristiques générales
Une société complexe
Apparence et particularités
Distribution
Régime alimentaire
Taxonomie


Caractéristiques générales

A-194_left_cropNom: Crocuta crocuta
Longueur: ~ 115 cm
Hauteur au garot: ~ 75 cm
Poids: ~ 58 kg
Durée de gestation: 110 jours
Taille des portées: 1 ou 2 (rarement 3)
Durée d’allaitement: 7 – 24 mois
Longévité (max.): 19 ans
Age à 1ère portée (femelles): 2 – 5 ans

Une société complexe

Les hyènes tachetées vivent en groupes sociaux hiérarchiques pouvant atteindre 130 membres, et inclure jusqu’à 50 femelles adultes, 40 mâles adultes et 40 jeunes. Dans ces « clans », les relations entre individus sont déterminées par une hiérarchie linéaire très stricte, avec une particularité ; les femelles et leur progéniture dominent tous les mâles immigrants. Les filles et fils de chaque femelle héritent du rang social situé directement sous celui de leur mère. Ainsi, les hyènes tachetées vivent dans une société matriarcale où chaque clan est dominé par une « femelle-alpha », suivie de sa progéniture, puis des autres femelles avec leur progéniture. En-dessous de la femelle ayant le rang le plus bas, se trouvent les mâles immigrants. Le rang social de ces mâles est déterminé par leur ancienneté dans le clan; le mâle ayant rejoint le clan depuis le plus de temps dominera tous les autres mâles ayant rejoint le clan après lui. Cependant, dans des cas exceptionnels, un mâle peut dominer le clan.

Les femelles restent généralement toute leur vie dans le clan où elles sont nées. Ceci leur permet de développer des relations étroites et d’établir des coalitions avec leur mère et leurs sœurs. Ce système de coalitions renforce le rang social des individus au sein de la hiérarchie du clan. Les coalitions et la hiérarchie du clan sont généralement stables pendant de nombreuses années, mais si la coalition régnante de la femelle alpha et de ses alliés s’affaiblit — quand l’un des alliés meurt, par exemple — une coalition de femelles de rang inférieur peut parvenir à renverser la coalition dominante.

Des femelles quittent parfois leur clan de naissance (dispersent), mais seulement si un clan voisin périclite ou libère son territoire, ce qui est très rare dans les écosystèmes intacts. Les rares cas observés indiquent qu’il s’agissait de jeunes femelles de rang social bas qui se sont séparées de leur clan d’origine pour établir un nouveau clan. Il est possible que de telles femelles aient un bénéfice à disperser si la compétition pour l’accès à la nourriture devient trop forte dans leur clan. Ces femelles sont peut-être aussi plus susceptibles de savoir quand un territoire devient vacant car elles s’introduisent plus souvent dans les territoires voisins pour chercher de la nourriture, que les femelles de haut rang social.

La plupart des mâles émigrent et rejoignent un autre clan à l’âge d’environ 3,5 ans. Cela contraste avec le comportement de dispersion des femmes; la dispersion chez la hyène tachetée est donc considérée comme biaisée selon le sexe ou, plus précisément, biaisée en faveur des mâles. Lorsqu’un mâle se joint à un nouveau clan, il acquiert le rang tout en bas de la hiérarchie, quel que soit le rang social qu’il occupait dans son clan de naissance. Cela est dû au fait que, contrairement à la plupart des autres mammifères chez lesquels le rang d’un mâle dépend de son âge, sa taille ou sa capacité à se battre, ce sont les relations sociales qui déterminent le rang social d’un mâle chez la hyène tachetée.

Un nouvel arrivant est donc désavantagé par rapport aux mâles déjà établis qui, eux, bénéficient du soutien de leurs partenaires de coalition. Une fois intégré dans le nouveau clan, les immigrants peuvent gravir les échelons de la hiérarchie mais, pour cela, ils doivent faire la queue. En effet, la montée en grade ne se fait généralement que lorsqu’un mâle de rang supérieur meurt ou quitte le clan. En conséquence, un immigrant doit parfois attendre plusieurs années avant d’atteindre le sommet de la hiérarchie au sein des mâles.

haut ^


Apparence et particularités

Les hyènes tachetées ont l’apparence d’un gros chien. Elles ont un pelage brun (couvert de taches), un long cou musclé, un crâne massif, et des oreilles rondes, légèrement pointues. Leur crâne possède une crête osseuse (crête sagittale) à laquelle sont attachés de puissants muscles masticateurs. Ceux-ci permettent à la mâchoire des hyènes tachetées de générer une puissance de morsure parmi les plus élevées du règne animal.

Les femelles et les mâles se ressemblent beaucoup. Contrairement à de nombreux mammifères, les femelles et les mâles ont une taille et une apparence très similaires chez la hyène tachetées. Les femelles ont également des organes sexuels externes qui sont masculinisés. Leur canaux urinaire et reproducteur sont fusionnés et forment un clitoris allongé par lequel les femelles urinent, s’accouplent et mettent bas. Ce clitoris peut être érigé en un «pseudo-pénis» qui ressemble beaucoup au pénis des mâles. De plus, les femelles ont une poche remplie de tissu — un «pseudo-scrotum» — similaire au scrotum des mâles, contenant les testicules. Identifier le sexe d’une hyène tachetée à partir de l’observation rapide de leur morphologie est donc assez difficile, à tel point qu’il a longtemps été pensé que les hyènes tachetées étaient hermaphrodites (à la fois mâles et femelles). Voir nos astuces pour sexer les hyènes >

Avoir un pseudo-pénis est coûteux pour les femelles. Pour les jeunes femelles, il est courant que le premier petit d’une portée de jumeaux meure durant la mise-bas parce que le pseudo-pénis manque d’élasticité. Selon la théorie de l’évolution, une structure anatomique portant de tels coûts sur le succès reproducteur des femelles devrait être contre-sélectionnée, à moins qu’elle ne confère des avantages substantiels pour en compenser les coûts. Voir le principal avantage du pseudo-pénis>

Les femelles sont des mères très dévouées. Quand vient le moment de mettre bas, les mères recherchent un petit terrier, à l’écart des autres membres du clan. Ces terriers individuels sont de parfaits abris pour les petits car ils ont une entrée étroite qui donne juste assez de place à la mère de s’y coucher. Après la mise-bas, la mère reste près de ce terrier pendant environ deux semaines pour allaiter ses petits et tisser des liens étroits avec eux. Après ces deux semaines, la mère transfère ses petits dans le terrier commun pour qu’ils se socialisent avec les autres petits et adultes du clan. Les petits pèsent environ 1,5 kg à la naissance et grandissent très vite parce que les femelles de la hyène tachetée produisent un lait très riche en protéines et matières grasses – le lait le plus riche parmi les carnivores terrestres. De plus, les hyènes peuvent allaiter leurs petits jusqu’à l’âge de 24 mois! Il s’agit d’un investissement énergétique considérable pour les femelles, d’autant plus que les pères ne s’occupent pas de leur progéniture.

Les nouveau-nés de la hyène tachetée sont les plus précoces des carnivores terrestres. Dès la naissance, ils peuvent ouvrir les yeux et leurs incisives et canines sont entièrement sorties. Comme les femelles donnent souvent naissance à des jumeaux, ces caractéristiques leur permettre d’être compétitifs dès la naissance pour établir une hiérarchie au sein de la fratrie. Ceci est crucial parce que le rang social d’un petit influence son succès, plus tard dans la vie.

La vidéo ci-dessous montre une mère avec son petit âgé de quatre semaines:

haut ^


Distribution

La hyène tachetée est le grand carnivore le plus abondant en Afrique. A l’origine, elles étaient présentes dans presque toute l’Afrique ainsi que l’Eurasie. Leur répartition est maintenant fragmentée et concentrée en Afrique subsaharienne. Il persiste, cependant, de grandes populations de hyènes tachetées dans certaines aires protégées. Les régions présentant les densités de hyènes tachetées les plus élevées sont l’écosystème du Serengeti-Mara (nord de la Tanzanie et sud du Kenya), avec entre 7200 et 7700 individus, et le Parc National Kruger (Afrique du Sud), avec entre 1300 et 3900 individus.

haut ^


Régime alimentaire

Les hyènes tachetées sont des chasseurs expérimentés qui peuvent tuer une grande variété de proies. Dans le Cratère du Ngorongoro, les hyènes préfèrent les gnous et les veaux de buffles qui sont des herbivores de taille moyenne, pesant entre 50 et 180 kg. Une hyène très expérimentée peut mettre à bas des proies aussi grandes que des zèbres adultes par elle-même, même si les hyènes chassent généralement les gnous, zèbres et buffles en groupes de 2 à 30 individus.

Les hyènes tachetées sont des prédateurs par endurance, c’est-à-dire qu’elles poursuivent leur proie jusqu’à ce qu’elle s’épuise, contrairement aux chasseurs en embuscade, comme les lions ou les léopards, qui traquent leurs proies et les prennent par surprise. Les hyènes sont particulièrement bien adaptées à cette stratégie de chasse et leur probabilité de succès est grande lorsqu’elles parviennent à poursuivre leur proie sur une longue distance. Leur grande endurance provient de deux attributs anatomiques des hyènes; leur cœur est grand par rapport à leur masse corporelle et leur museau est long et tapissé d’un réseau de capillaires sanguins qui permettent, au contact de l’air, d’abaisser efficacement la température corporelle de la hyène en plein effort. Ces caractéristiques permettent également aux hyènes de commencer à manger dès la mise à bas de leur proie, malgré l’effort intensif de la chasse. Ceci est un grand avantage dans un environnement avec de nombreux compétiteurs, que ce soit des lions ou d’autres hyènes. Et les hyènes ont toujours faim; elles peuvent engloutir jusqu’à 15 kg de viande et d’os en un seul repas, ce qui correspond à environ 25% de leur masse corporelle.

Les hyènes tachetées jouent un rôle de «police sanitaire» dans leur écosystème. Elles peuvent chasser des proies faibles, comme par exemple des individus très jeunes, vieux, ou malades, mais consomment aussi des charognes en état de décomposition avancée. Leur système immunitaire exceptionnel et leur système digestif sont parfaitement adaptés à l’ingestion de charognes ; les hyènes peuvent même manger des animaux porteurs de maladies pouvant être mortelles pour d’autres espèces (y compris les humains), comme l’anthrax. Leur mâchoire puissante, leur estomac très acide, et leurs larges prémolaires leur permettent aussi d’écraser et de digérer même les plus gros os, comme ceux des girafes et des éléphants. Tout ceci fait des hyènes tachetées un acteur essentiel de leur écosystème.

haut ^


Taxonomie

Les hyènes tachetées sont des cousines des genettes et des mangoustes, et appartiennent à la famille des Hyaenidae. Les hyènes, genettes et mangoustes sont des carnivores appartenant au sous-ordre des Feliformia (la branche des chats), qui est un distant cousin du sous-ordre des Caniformia (la branche des chiens). Ainsi, en dépit de leur allure de gros chien, les hyènes tachetées sont en fait plus étroitement liées aux chats qu’aux chiens.

Sur la base d’analyses génétiques et morphologiques, les hyènes modernes (dont les espèces existent encore de nos jours) sont divisées en quatre espèces : le protèle, la hyène brune, la hyène rayée et la hyène tachetée.

Il existe également des différences morphologiques et génétiques (ADN mitochondrial) entre les populations de hyène tachetée d’Afrique de l’ouest, d’Afrique de l’est et d’Afrique du Sud. Ces différences ne sont cependant pas considérées comme suffisantes pour que ces populations soient définies comme des sous-espèces distinctes.

haut ^


Pour plus d’information

Systématique et taxonomie de la hyène tachetée et des carnivores: Projet Open Tree of Life

Distribution et statut de conservation de la hyène tachetée: The Red List of Threatened Species de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Höner OP, Wachter B, East ML, Hofer H (2002) The response of spotted hyaenas to long-term changes in prey populations: functional response and interspecific kleptoparasitism. Journal of Animal Ecology 71: 236-246.